La France, championne européenne des dépressions liées au travail
Le chiffre donne le tournis. Les dépressions provoquées par l'exposition à des risques psychosociaux (RPS) au travail coûtent chaque année entre 45 et 103 milliards d'euros aux pays européens. Telle est la conclusion d'une étude scientifique internationale commandée par l'Institut syndical européen (le centre de recherche et de formation de la Confédération européenne des syndicats) et que « Les Echos » ont pu consulter.
L'équipe codirigée par Hélène Sultan-Taïeb, économiste de la santé au travail de l'université de Québec, et Isabelle Niedhammer, épidémiologiste à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), a travaillé sur les 27 pays membres de l'Union européenne ainsi que sur le Royaume-Uni.
Une incidence des RPS largement invisibilisée
Ses travaux ont porté sur les cinq facteurs de risque psychosocial (RPS) au travail identifiés que sont la pression au travail, le temps de travail à rallonge, la balance entre les efforts fournis par le salarié et la récompense perçue, l'insécurité de l'emploi et, bien sûr, le harcèlement moral.
L'étude paneuropéenne, qui se fonde sur des données de 2015, a commencé par identifier la part des dépressions ayant comme origine le travail. Des dépressions qui sont d'ailleurs rarement reconnues comme maladies professionnelles, ce qui contribue à invisibiliser largement l'incidence des risques psychosociaux, donc l'importance de leur prévention.
L'équipe de chercheurs a évalué ensuite leur coût annuel pour chaque pays. En premier lieu, il y a bien sûr les dépenses prises en charge par le système de santé. Il y a aussi le reste à charge pour les salariés, mais aussi les années de vie perdues. « En 2015, près de 5.000 décès liés à la dépression dans l'UE sont attribuables aux RPS au travail », souligne Hélène Sultan-Taïeb. Il s'agit surtout d'hommes, plus nombreux que les femmes à se suicider.
Il y a enfin le coût supporté par les employeurs. Sur l'ensemble des pays européens, l'étude évalue à plus de 80 % la charge supportée par les seules entreprises, 53 % du fait de l'absentéisme induit et 34 % du fait du… présentéisme. Car les salariés concernés sont moins performants. Une réalité dont les entreprises n'ont pas forcément conscience. Pas plus en France qu'ailleurs.
Source : Les échos
